PAR LUCIE DE LA FONTAINE

INTRODUCTION

 

Lorsqu’une femme exprime le désir d’apprendre des danses traditionnelles telles que les danses africaines, indiennes ou le flamenco, cela n’attire l’attention de personne. Par contre, lorsqu’il s’agit de la danse du ventre, on la regarde en fronçant les sourcils.

L’une des nombreuses attractions de la danse baladi est d’exprimer l’artiste invisible qui sommeille en nous. Aussi, elle est l’une des rares danses qui accepte le corps de la femme tel qu’il est.

Cette danse confirme la sensualité de la femme de tout âge, lui donnant ainsi une chance de redorer l’image parfois négative qu’elle peut avoir d’elle-même, le tout dans un climat de soutien et non de compétition. Ce n’est que plus tard qu’elle retrouve, grâce au baladi, les aspects essentiels de sa féminité.

La danse arabe est centrée davantage sur l’expression de soi, que ce soit en solitaire ou en relation avec les autres. Elle permet d’explorer le type primitif en chacun de nous, c’est-à-dire les archétypes de la coquette, de la mère nourricière, de la sensuelle, de la médium et de la poétesse.

Hésiode, un ancien poète grec, écrivait que : ,<<La magie sensuelle des femmes contribue à attendrir le comportement des hommes et ainsi à transformer l’instinct bestial en amour>>.

À l’origine, le baladi fut emmené de l’Inde au Ve siècle par les tribus tziganes, c’est-à-dire les étranges. Les tziganes qui ont quitté les Indes, traversé les pays arabes et sont entrés en Espagne au XVe siècle, ont laissé des traces mystérieuses sur leur passage. Entre autres, ces étrangers avaient d’anciens rituels comme la danse de la fécondité. Dans la Grèce antique, il exista aussi un certain nombre de danses de la fécondité qui étaient toutes fondées sur la rotation du bassin, le balancement des hanches et un tremblement exagéré du postérieur.

Le Raks Sharki, la danse que nous utilisons le plus aujourd’hui, est un hybride du baladi. Elle a subi l’influence de diverses traditions de danses. On y trouve des éléments indiens, persans et turcs. Cette danse est appelée parfois << style classique>> car elle est la plus raffinée et la plus sophistiquée des danses du monde arabe. On retrouve aussi le style asiatique dans la prestance et la dignité du sharki. Il a emprunté à l’Inde et à la Perse les mouvements de la tête, des mains et de bras et à la Turquie le dos souple et ondulant.

Le Raks Sharki a aussi assimilé un certain nombre d’éléments occidentaux. La première à présenter ce style de danse à l’écran fut Samia Gamal, y ajoutant des pirouettes de ballet, des mouvements de bras à la verticale et faisant son entrée en agitant un voile diaphane.

Il est maintenant devenu habituel dans le sharki, d’entamer une danse avec ce voile. Il lui donne une dimension classique et permet à l’auditoire de mieux percevoir le flux d’énergie qui émane du haut du buste jusqu’au-dessus de la tête.

Le centre des mouvements du sharki se trouve plus dans le haut du buste que dans les hanches. Il se danse sur la pointe des pieds et prend sa source dans le rythme. Le sharki qui a fait des emprunts au monde du cabaret est la moins pure des danses arabes et c’est peut-être pour cette raison qu’elle est la plus ouverte aux innovations.

 

Baladi National Baladi.© 2006